Jean-Paul II, prophète du mariage et de la sexualité

26 avril 2011

Un apport particulièrement riche et singulier du ministère de Jean-Paul II est le puissant renouveau qu’il a impulsé dans la vision chrétienne et le sens du mariage et de la sexualité ; il permet ainsi de mieux saisir le bénéfice immense pour l’amour humain de son évangélisation en profondeur.

 
En plus de 25 ans, Jean-Paul II a posé les fondations d’une nouvelle espérance pour l’amour humain au cœur d’un monde de plus en plus marqué par les souffrances et les détresses amoureuses et sexuelles, conjugales et familiales. Soulignant le tournant historique dans la pensée humaine et ecclésiale, et l’apport inestimable de la véritable somme catéchétique et évangélique de son pontificat sur le sens chrétien du mariage et de la sexualité, son biographe le plus reconnu, Georges Weigel, parle de son contenu comme d’une véritable « bombe à retardement » : lorsqu’il sera connu et vraiment entendu, il bouleversera très positivement, en profondeur et pour longtemps le rapport et pour l’Eglise, et pour nos sociétés entre la foi chrétienne, la vie conjugale et la sexualité. C’est effectivement de la nitroglycérine pastorale : nous en faisons systématiquement l’expérience dans notre propre ministère auprès de jeunes ou de couples, de croyants et d’incroyants, depuis près de 30 ans !

En se lançant dès le début de son pontificat et durant 4 ans dans cette immense catéchèse, Jean-Paul II répond à l’appel pressent de Dieu pour délivrer, avec l’immense autorité théologique et spirituelle du ministère pétrinien, cet enseignement « explosif », tant la pensée contemporaine a dans ces domaines et depuis des décennies un contentieux profond et tendu avec l’Eglise catholique. Jean-Paul II savait qu’il était l’acteur principal de ce qu’il dénommait lui-même comme un « moment historique où l’Eglise perçoit de manière plus vive et plus pressante l’importance de sa mission de saisir et de proclamer à tous les desseins de Dieu sur le mariage, le corps et la sexualité ».

Personne depuis les Pères de l’Eglise comme Saint Jean Chrysostome n’avait été aussi clair que lui dans l’Eglise latine sur ces sujets : Jean-Paul II , pour qui dans le christianisme « le corps et la sexualité sont trop peu appréciés », revisita avec force les paroles de Jésus sur le dessein divin du « une seul chair » conjugal et biblique qu’il présente comme la véritable « liturgie propre des époux », terminologie très puissante et riche de sens chez les catholiques ! Il rappela les paroles sans ambiguïté de Saint Paul : « rendez gloire à Dieu par votre corps », « vos corps sont le temple du Saint-Esprit », « ne vous refusez pas l’un à l’autre », « dans le Christ, l’homme n’est pas sans la femme, ni la femme sans l’homme », etc.
En conclusion de toute sa réflexion, Jean Paul II assure aux époux que le travail intérieur de transformation évangélique, « loin d’appauvrir la tendresse et la communion y compris sexuelle des époux, les rend au contraire plus intenses et plus riches ». Son successeur Benoît XVI renchérira en expliquant aux époux que le Christ veut les conduire sur un « chemin de purification et de guérison » car, alors, « l’Eros peut élever en extase vers le Divin » et « donner un avant-goût du sommet de l’existence, de la béatitude vers laquelle tend tout notre être » ! Difficile d’être plus explicite, plus attirant pour tout homme, tout couple désirant grandir dans la qualité de la relation et de la communion conjugale.

C’est pourquoi le renouveau de la pensée sur le mariage impulsé par Jean-Paul II à la charnière des XX° et XXI° siècles revêt un caractère puissant et prophétique : et pour la jeunesse en quête de sens de la vie et de l’amour, et pour les époux recherchant la concrétisation de leurs aspirations de communion et de bonheur. L’Eglise catholique a désormais des clés de lecture indispensables pour sortir des écueils soit progressistes, soit traditionalistes dans lesquels de nombreux pasteurs ou intellectuels se sont si souvent laissés fourvoyés ces dernières décennies : un dogmatisme étroit et moraliste, un spiritualisme familial désincarné, un silence pastoral synonyme d’impuissance apostolique ou le suivisme béat des sciences humaines. L’Eglise peut désormais proposer une voie attirante et dilatante à tant de jeunes ou d’époux aspirant à vivre même au prix de nombreux combats intérieurs amour et communion intenses dans le couple, alors que tant font tôt ou tard l’expérience si douloureuse d’un amour qui s’affadit ou se déchire, de leurs difficultés à s’aimer durablement, de leur sexualité triste, gore ou vide de sens.

Ces détresses de plus en plus répandues font de grands ravages dans les couples chrétiens ou non, et donc dans des familles et chez de nombreux enfants comme de récentes études le dévoilent ; mais aucun « expert » dans l’histoire contemporaine qu’il soit pasteur, théologien, philosophe, politique, médecin, psychologue ou sociologue n’a su comme Jean-Paul II apporter un diagnostic et des remèdes aussi pertinents à ce mal si profond et général du siècle. Bien loin des « y’a-qu’à-faut-qu’on », il propose à tous des clés si nouvelles et pertinentes pour ne pas désespérer de l’amour et du mariage, pour que le chemin difficile et périlleux de l’amour porte peu à peu des fruits de pardon et de guérison, et en cela d’intensité et de durabilité au cœur des couples et donc des familles.
Car au-delà des époux, les grands bénéficiaires de ce chemin de guérison et de renouveau de l’amour, ce sont les enfants, preuves tangibles s’il en est de l’amour de leurs parents : le plus bel héritage qu’on puisse léguer à un jeune adulte, son plus grand tremplin de vie et de liberté, n’est ce pas que papa et maman s’aiment toujours, en qualité et en intensité ? Comment parents, nous aspirons tous à léguer le meilleur à nos enfants, à les « armer » au mieux pour la vie ; alors, pour leur plus grand bien : époux, aimons-nous intensément en suivant le chemin étroit mais si béni du mariage tel que ce grand pape nous le propose.

Merci donc au tout nouveau « Bienheureux Jean-Paul II » d’avoir fait, à l’aube de ce nouveau millénaire et au nom de Dieu, cet immense cadeau à l’humanité : tout un monde en quête pathétique de sens et d’amour, y aspire si impatiemment, si intensément !